Quand le toucher aide à retrouver le mouvement

La mobilité est une composante essentielle de notre santé. Pouvoir tourner la tête librement, lever les bras, marcher, s’accroupir ou simplement accomplir les gestes du quotidien contribue à préserver notre autonomie et notre qualité de vie.

Pourtant, la douleur, une blessure, une chirurgie, certaines tensions ou encore une période d’inactivité peuvent progressivement modifier notre façon de bouger. Lorsqu’un mouvement devient douloureux ou inconfortable, nous avons naturellement tendance à l’éviter. Si cette situation persiste, une diminution de l’activité peut contribuer à une perte graduelle et progressive de nos capacités et de notre confiance dans le mouvement.

C’est notamment dans ce contexte que la thérapie manuelle (TM) peut trouver sa place, particulièrement lorsqu’elle est intégrée à une approche qui encourage le retour au mouvement et à l’activité physique. [1–3]

Qu’est-ce que la thérapie manuelle?

La thérapie manuelle regroupe différentes interventions au cours desquelles le thérapeute utilise ses mains, ou parfois certains instruments (ventouse par exemple) pour appliquer un stimulus physique sur le corps. Elle comprend notamment différentes formes de mobilisations, de manipulations et de techniques appliquées aux articulation et aux tissus mous. [3]

Pendant longtemps, ses effets ont surtout été expliqués par des mécanismes biomécaniques : remettre une articulation « en place », corriger un désalignement ou modifier directement la structure des tissus.

Les connaissances actuelles proposent une vision beaucoup plus nuancée.

Les effets de la thérapie manuelle semblent résulter d’une interaction complexe entre des mécanismes périphériques, neurologiques et neurophysiologiques, ainsi que le contexte dans lequel le soin est prodigué. [2–4]

Autrement dit, les mains du thérapeute ne font pas que travailler sur des muscles et des articulations : elles fournissent également au système nerveux une importante quantité d’informations sensorielles.

La théorie du portillon : pourquoi toucher une région douloureuse peut-il faire du bien?

Un des modèles historiques permettant de comprendre la modulation de la douleur est la théorie du portillon (Gate Control Theory) proposée par Ronald Melzack et Patrick Wall en 1965. [5]

Selon ce modèle, la transmission des messages nociceptifs vers le cerveau n’est pas simplement un signal qui voyage directement des tissus jusqu’au cerveau. Ces informations sont modulées, notamment au niveau de la moelle épinière.

Les stimulations sensorielles non douloureuses provenant du toucher, de la pression et du mouvement peuvent participer à cette modulation.

C’est un phénomène que nous expérimentons instinctivement : après s’être cogné le coude, notre premier réflexe est souvent de frotter la région douloureuse.

Le toucher ne fait évidemment pas disparaître la blessure. Pourtant, les informations sensorielles générées peuvent influencer temporairement la façon dont le système nerveux traite le message douloureux.

La théorie du portillon demeure un modèle important dans l’histoire des sciences de la douleur, mais elle n’explique pas à elle seule les effets de la thérapie manuelle. Les modèles contemporains suggèrent des mécanismes beaucoup plus complexes impliquant des réponses périphériques, spinales et supraspinales. [2,4]

Diminuer la douleur pour faciliter le mouvement

C’est ici que la thérapie manuelle devient particulièrement intéressante.

Certaines études montrent qu’elle peut produire des effets analgésiques à court terme et modifier temporairement certains paramètres liés à la sensibilité à la douleur. [2,6]

Pour une personne qui hésite à bouger parce qu’un mouvement est douloureux, cette fenêtre de confort peut être précieuse.

Moins de douleur peut permettre de bouger plus facilement. Et bouger davantage permet progressivement de redonner au corps l’occasion de retrouver ses capacités.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de rechercher une structure à « corriger », mais plutôt de créer des conditions favorables au mouvement.

Thérapie manuelle + mouvement : une combinaison intéressante

La thérapie manuelle ne devrait toutefois pas remplacer le mouvement.

L’activité physique et l’exercice jouent un rôle majeur dans le maintien et l’amélioration de la fonction, de la mobilité et de la capacité physique. L’International Association for the Study of Pain (IASP) considère d’ailleurs les approches actives, dont l’exercice et la rééducation du mouvement, comme des composantes importantes de la prise en charge de la douleur. La thérapie manuelle peut être utilisée comme approche complémentaire lorsqu’elle est indiquée. [1,7]

On peut donc voir la thérapie manuelle comme un outil facilitateur :

Thérapie manuelle → modulation de la douleur et amélioration temporaire du confort → mouvement plus accessible → reprise de l’activité → maintien ou amélioration de la mobilité.

Cette distinction est importante : ce n’est pas uniquement le traitement reçu sur la table qui entretient la mobilité à long terme. C’est aussi ce que la personne peut recommencer à faire avec son corps.

Le mouvement comme objectif

En thérapie manuelle et en ostéopathie, diminuer un inconfort peut être important, mais retrouver la capacité de bouger avec confiance l’est tout autant.

Le toucher thérapeutique peut alors devenir une porte d’entrée vers le mouvement : diminuer temporairement certains symptômes, favoriser une expérience de mouvement plus confortable et accompagner progressivement la personne vers davantage d’autonomie.

Parce qu’au bout du compte, la mobilité se nourrit du mouvement.

Références

1. International Association for the Study of Pain (IASP). IASP Curriculum Outline on Pain for Physical Therapy. IASP.

2. Bialosky JE, Bishop MD, Price DD, Robinson ME, George SZ. The mechanisms of manual therapy in the treatment of musculoskeletal pain: a comprehensive model. Manual Therapy. 2009;14(5):531–538. doi:10.1016/j.math.2008.09.001.

3. Newell D, Draper-Rodi J, Barbe M. Integrated Manual Therapies. International Association for the Study of Pain (IASP), 2023.

4. Keter DL, Bialosky JE, et al. The mechanisms of manual therapy: a living review of systematic, narrative, and scoping reviews. PLOS ONE. 2025.

5. Melzack R, Wall PD. Pain mechanisms: a new theory. Science. 1965;150(3699):971–979.

6. Voogt L, de Vries J, Meeus M, Struyf F, Meuffels D, Nijs J. Analgesic effects of manual therapy in patients with musculoskeletal pain: a systematic review. Manual Therapy. 2015;20(2):250–256.

7. Berardi G, DeSantana J, Stone L. Integrative Physical Activity and Exercise to Address Acute and Chronic Pain. International Association for the Study of Pain (IASP), 2023.

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